Les Chemins de Khatovar

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Harold Lamb, Les Lames cosaques tome 2 : Le Khan blanc (VO 1918/1919, VF 12/2017)

Résumé tome 2 : Le Khan Blanc
On le nomme Le Loup, le Père des Combats, l’Homme au Sabre Incurvé… Aventurier et vagabond, Khlit le Cosaque parcourt les montagnes et les déserts d’Asie en guerrier intrépide, ne répondant qu’à l’appel du sang et de l’acier. Mercenaire à la ruse légendaire, ce vétéran aux cheveux gris se défait de ses nombreux ennemis aussi bien grâce à son esprit affûté qu’au tranchant de sa célèbre épée. Toujours armé de cette lame que tous redoutent, il sillonne le monde en loup solitaire, l’oreille tendue. Car là où résonnent les trompettes de la guerre, Khlit n’est jamais loin…

Comment croire que tout cela date du début du XXe siècle, tellement cela n’a pas vieilli ?! Il a même un paquet de romans historiques ou fantasy datant du XXIe siècle qui ont davantage vieilli que ceux d’Harold Lamp. Ce tome 2 des aventure de Khlit le Loup, le vieux héros cosaque, est divisé en 3 novellas et l’auteur continue de transformer un serial en grande saga car chaque nouvelle est un rouage s’insérant parfaitement dans la grande machine littéraire qu’il a conçue :

Le Khan Blanc : décembre 1918

A la fin du tome 1, nous avons laissé Khlit sur les remparts d’Altur Haiten, en tant que champion des enfants de la steppe et que vainqueur des légions chinoises de Hangi Hi, l’épée incurvée de Qwaïdu dans la main gauche et la bannière de guerre de Gengis Khan dans la main droite… Il quittait ainsi les pages de l’Histoire pour entrer dans celle de la Légende ! (du coup c’est dommage que la courageuse adolescente Kerala qui avait accompagné notre antihéros cosaque de l’Asie Centrale à l’Asie Orientale) quitte elle les pages du récit en épousant Berang le prince ordu)

Mais l’Empereur Dragon n’a pas dit son dernier mot, et somme les khans de lui remettre le loup cosaque. Ce dernier ne fuira pas et ne se cachera pas, car pour lui la meilleure défense c’est l’attaque ! C’est ainsi qu’il chevauche seul vers la Muraille de Chine et son nouvel ennemi désigné, Li Jusong le héros de la guerre d’Imjin, vainqueur des samouraïs du shogun Toyotomi Hideyoshi… Et ce sans savoir que le stratège chinois compte dans ses rangs un magicien capable de lire l’avenir et qui connaît déjà tout de son destin !

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Arrivé à Sin-Kiang on sent la peur de la cité en état de siège, même si c’est trop court, on sent également la terreur de la ville mise à sac dans la panique et la violence la plus absolue, même si c’est trop court… Le vieux guerrier cosaque souhaitait joueur au plus malin avec le redoutable stratège chinois, mais il est immédiatement identifié, démasqué et emprisonné… Toujours est-il qu’après moult rebondissements, Khlit parvient à échapper à ses geôliers et qu’au final le sort du monde se joue dans la Tour des Cinq Faucons, où un vieux cosaque et un jeune mandchou font face aux soldats chinois à l’aide d’un douzaines de mannequins fabriqués avec les restes de ses défenseurs tombés face à l’ennemi…

Le Khan Blanc 1

ça ne vous rappelle rien ? Moi si : Two Against Many ! (et en plus la résistance de la Tour de David lors du siège de Jérusalem en 1099 a été également été reprise par R.E. Howard dans La Mort à triple lame, et par David Gemmell dans La Quête des héros perdus ^^)

Oui mais non en fait, le sort en était déjà jeté car notre rusé héros avait déjà tout préparé : tout se termine par la confrontation entre 100000 guerriers nomades et 200000 soldats wangs dans une baston générale laconique certes mais ô combien épique, qui finalement n’a rien à envier à la célébrissime Bataille des Champs du Pelennor ! Khlit n’est plus, vive King Khlit, l’homme qui est devenu khan de ses propres mains… Nous la voila enfin contée, la suite de Conan le Barbare qu’on attend depuis 1982 ^^

Au-delà de ses nombreuses qualités cape et épée, l’intérêt repose sur l’ambivalence pour ne pas dire l’ambiguïté de l’ensemble des personnages qui tous présentent deux visages :
– Hotai Khan est-il un ami ou ennemi ?
– Chepé Braga est-il un adversaire ou un allié ?
– Cho Kien l’eunuque est-un un pion ou un joueur ?
– Wen Shu le marchand est-il un lâche ou un justicier ?
– le général Li Jusong est-il un grand conquérant ou un boucher parmi tant d’autres ?
– Chagan le porteur de bouclier est-il un excellent vassal ou un excellent espion ?
– l’archer mandchou Arslan (oui je t’ai reconnu, Ghîb des Chroniques d’Arslan de Yoshiki Tanaka : le cape et épée vaincra !) est-il un vantard ou un héros ?
– le magicien aveugle Li Chan Ko est-il spectateur ou acteur du destin, pire ne joue-t-il pas avec lui pour châtier les Chinois qui jouent avec ses prophéties ?
– Khlit le Loup est-il un aventurier opportuniste ou un leader machiavélique ? Quand il est rejeté par ceux qu’il a adoptés et protégés, le Fils du Ciel Wanli lui offre fortune et gloire à son service s’il décide de changer de camp pour devenir son talisman… Même pas en rêve aurait dit David Gemmell ! ^^
L’auteur balade ses personnages, et surtout nous balade nous autres lecteurs avec un succession de twists parfaitement maîtrisés. Ah ça c’est du bon suspens, que n’aurait pas renié Alfred Hitchcock ! ^^

L’Empire du Milieu vient de perdre coup sur coup deux de ses plus grands champions… La peur change de camp, et les enfants de la steppe promis à l’extinction reprennent l’ascendant : quelques décennies plus tard la tempête viendra du Nord pour emporter avec elle la Dynastie Ming… Mais ceci est une autre histoire !

Changa Nor : février 1919

Khlit devenu Kha Khan des Jüngars doit veiller sur le peuple qui l’a choisi comme guide. Et les temps sont durs : l’hiver vient, et leurs alliés Mandchous sont repartis vers l’Est et leurs alliés Kallmarks vers l’Ouest. Ces derniers lorgnent d’ailleurs sur leurs meilleurs pâturages, et le Cosaque répugne à partir en guerre contre eux : non seulement il faudrait affronter d’anciens compagnons d’armes, mais le conflit causerait trop de perte aux enfants de la steppe… Les visions du shaman pourrait mettre fin à leurs problèmes : Gurd le maître des bêtes connais les secrets de la forteresse perdue et maudite de Changa Nor, où serait caché un fabuleux trésor qui permettrait d’acheter les paix avec les Kallmarks !

Entre une mer de sable et une rivière de pierre, Khilt découvre ce qu’il reste du Royaume du Prêtre Jean, et entre sa amour pour son Dieu et son amour pour son peuple, il est obligé de faire un choix.

Le héros est plus en retrait, donc les personnages secondaires sont à la fête :
– on a un triangle amoureux entre Gurd le maître des bêtes chrétien et pacifiste, Chepé Braga la bête de guerre païenne qui découvre qu’il qu’au-delà de la guerre il y a l’amour, et Chingi la princesse à la blonde chevelure que tout le monde considère comme une petite chose fragile mais qui s’avère une sacrée strong independant woman (et dire que cela a été écrit au lendemain de la WWI !). On a quasiment la même chose entre Einar, Erik et Morgane (interprété par Kirk Douglas, Tony Curtis et Janet Leigh) dans le film Les Vikings de Richard Fleisher réalisé en 1958…
– on a un chouette numéro de duettistes réalisé par un prêtre chrétien et un guerrier païen, qui se haïssent cordialement avant de se comprendre et de se respecter mutuellement : en combattant côte à côte, le prêtre chrétien se fait guerrier et le guerrier païen se fait prêtre ! Trop cool c’était… et dire que cela a été écrit au lendemain durant la Première Guerre mondiale, durant laquelle les occidentaux impérialistes, colonialistes et racistes s’entre-tuaient sur les champs de bataille européens… Soupirs !

Le Khan Blanc 5
– cette pourriture de shaman païen Lhon Otai est de toutes les fourberies, allant jusqu’à vendre son peuple à un autre pour obtenir plus d’or et plus de pouvoir (la peste soit des prêtres, des sorciers, des shamans, des magiciens, des banquiers et des politiciens !), et au milieu de nulle part un vieux prêtre, une jeune fille, deux guerriers tatars et un aventurier cosaque se dressent face à la horde sauvage avant que ne se s’abatte sur les mécréants la Colère de Dieu ! Exploit ou miracle ? Les deux sont possibles certes, mais dans les deux cas on est dans la transposition en Mongolie du film Le Miracle des loups réalisé par André Hunebelle en 1961 ^^

Un petit bémol sur les magnifiques mais trop courts moments où le récit semble basculer dans le fantastique :
– dans les marais sibériens où Gurd se rend dans un cimetière de mammouth sous la garde de son fauve apprivoisé
– dans la forteresse maudite de Chaga Gor où la Team Khlit se rend compte qu’elle est livrée à elle-même entourée de fantômes et de légendes

Sur le Toit du Monde : avril 1919

La nouvelle semble sortie du même moule que la précédente : les Kirghizes convoient les terres des Jüngars, la guerre menace à l’horizon, un oracle se propose de solutionner tous les problèmes, le fourbe shaman Lhon Otai est remplacé par le fourbe dalaï-lama Dongkor Gelong, et Khlit et Changan doivent de nouveau chevaucher ensemble pour trouver la meilleure voie à arpenter pour leur peuple…
Le récit est initialement plus à ambiance qu’à intrigue ou qu’à action (sombre ambiance dans la ville fantôme de Talas entourée de sables mouvants servant de cimetière aux ennemis de dalaï-lama, avec un antique temps païen lieu de tous les complots). Et la différence se joue essentiellement au niveau du personnage de Sheillil de Samarcande, engagée par le mago psycho faisant office de vilain of the week pour séduire les khans Kirghizes et les attirer dans un piège mortel dans lequel Khlit et Chagan sont forcés de jouer le rôle d’assassins et de boucs émissaires… Sauf que la strong independant woman joue dans les deux camps pour jouer son propre jeu ! Bien malin celui qui parvient à saisir les objectifs de celle qui a les manières d’une danseuse de bazar mais les propos d’une fille de khan… Du coup les héros et leurs adversaires se retrouvent pris au pièges des intrigues et des complots d’une Milady de Winter musulmane qui souhaite réécrire son destin pour devenir reine de ses propres mains ! (ah Milady de Winter, best personnage féminin ever ^^)
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La Chasse à l’Amour devait ainsi être un tournoi où serait vainqueur celui qui attraperait la belle danseuse qui s’avère émérite cavalière et dangereuse tacticienne, mais au final Iskander Khan, Bassanghor Khan, Khlit et Chagan doivent lutter ensemble pour sauver leur peau face aux mercenaires des marchands du temple !

Le grande force du récit vient toujours de son héros en fin de carrière qui mise plus sur sa ruse que sur sa force (car ses stratagèmes sont tous plus réjouissants les uns que les autres ^^)… Khlit le Loup se met en avant, puis se fait oublier, pour que ses adversaires se fassent la part belle, avant de revenir en pleine lumière !
On applique toutes les recettes du western à l’Eurasie du XVIIe siècle donc on est dans le eastern ! Et bien que tout cela date de la fin des années 1910, j’ai pourtant eu la furieuse impression que si on passe quelques trucs vintages, c’est presque aussi moderne que ce qui a été écrit autour des années 2010… Le seul défaut vient des ficelles qui sont utilisées pour démarrer le récit rapidement et le faire avancer suffisamment bien pour qu’il tienne dans le cadre étroit d’une novella…
Impossible de ne pas voir la parenté entre la Sword & History d’Harold Lamb et la Sword & Sorcery de R.E. Howard d’abord, de David Gemmell ensuite. Héroïnes douces mais pas faibles, héros durs mais pas impitoyables, ambiance crépusculaire, alliances de circonstances, trahisons de tous les instants… On voit bien qu’Harold Lamb a beaucoup innové avant d’être repris, mais du coup on saisit mieux les apports des uns et des autres à la formule d’origine (ainsi pour le créateur de Conan, désormais le fils caché de Khlit le Loup, la noirceur, l’horreur, le pessimisme, le nihilisme, la maîtrise magistrale du huis-clos, les descriptions des grands espaces inspirés du Texas, les scènes d’action magnifiquement chorégraphiées, et au bout du bout la dernière prisonnière de la Boîte de Pandore à savoir : l’Espoir !)

L’imprimeur lithuanien Standartu Spaustuve a réussi à nous offrir un libre-objet d’un très appréciable rapport qualité/prix, mais il faut ajouter l’excellence préface de Stephen Michael Stirling qui met les points sur les « i » (chouette auteur blacklisté par les bobos hispters et les caïds de cour de récré qui l’ont catalogué gros facho pour des raisons que le raison ignore), quelques réponses apportés par Harold Lamp lui-même en appendices, une superbe carte véritable invitation à l’aventure, et les illustrations de Ronan Marret qui ont bien gagné en qualité depuis le tome 1 !… Cela me navre au plus haut de devoir signaler qu’ici une Small Press réalise un travail nettement supérieure aux gros éditeurs dont on taira les noms par pure charité chrétienne.

Alfaric

Note : 9/10

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