
Lire le Frankenstein de Mary Wollstonecraft Shelley était indispensable pour moi, tellement cette oeuvre résonne dans mes inspirations, mes lectures et les musiques que j'écoute. Ce monument de la littérature gothique, écrit par une femme de lettres britannique, demeure une référence inépuisable au vu des nombreuses adaptations. Les thématiques sont fortes, profondes, empreintes de philosophie et d'un dramatisme intense.
J'attendais l'édition idéale et j'ai entendu parler de cette version en roman illustré parue chez les éditions Soleil ( chez Dark Horse Comics à l'origine). Je découvre en même temps un illustrateur de renom, spécialiste de l'horreur et du fantastique : Bernie Wrightson.
Après une préface de Stephen King lui-même, le récit s'ouvre sur des lettres écrites par un certain Robert Walton, explorateur parti voguer dans l'Arctique. Ce dernier récupère alors Victor Frankenstein à la dérive et retranscrit son incroyable histoire.
C'est dans un style très soutenu, témoignant du statut aristocratique des personnages, que nous est narré le récit d'un jeune homme doué et dont l'obsession mènera à la naissance d'une créature que lui-même sera incapable d'assumer. L'être ainsi créé, innocent et naïf, mais aussi au physique monstrueux, deviendra la victime des répulsions qu'il provoque involontairement. La grande frustration ressentie le poussera à haïr son créateur et à lui vouer les plus grandes peines.
Le récit des actes ignobles de la créature se voit contrebalancé par son propre point de vue : celui d'un être rejeté sans aucune considération par le genre humain, à jamais honni à cause de son apparence alors que son envie de sociabilité déborde.
Ainsi, plusieurs passages du roman verront Frankenstein et sa créature tenter de convaincre l'autre du bien-fondé de son raisonnement. Et voilà que les conséquences de l'acte du créateur, civilisé et instruit, prennent tout leur sens dramatique : l'être nouveau ne correspond pas au modèle humain de la société contemporaine, malgré sa grande sensibilité. Pourtant, les nombreux témoignages d'amour sont autant déployés par l'être hideux que par le nanti élevé dans le luxe ; la sauvagerie affichée de manière fugace mais extrême apparaît comme un trait commun propre aussi bien à la créature qu'aux humains qu'elle idéalise tant.
Le récit appuie sur les tourments de chacun et peut être assez lourd à digérer pour certains lecteurs, mais c'est aussi ce qui fait le charme de cette littérature. La tristesse permanente, la fatalité, la volonté excessive des personnages et le souhait de l'auteure de nous transmettre des émotions fortes font de ce roman une expérience marquante entourée de somptueux paysages allant des monts majestueux des Alpes aux mers glacées de l'Arctique.
Le décor et l'ambiance en sont d'autant sublimés par les illustrations de Bernie Whrightson. Des planches en style gravure noir et blanc dont certaines offrent un enivrant tableau de détails. La page 171 et la double-page 178/179 sont absolument incroyables !
Une édition magnifique pour un roman sensationnel !
