From Hell - Alan Moore/Eddie Campbell

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Dark horse
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From Hell - Alan Moore/Eddie Campbell

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Jack l'éventreur vu par Alan Moore (V pour Vendetta, Watchmen...) et aidé ici, au dessin, par Eddie Campbell.

Tout d'abord, hormis la densité de cette bande dessinée toute en noir et blanc, c'est le style "crayonné" d'Eddie Campbell qui frappe. le contraste entre le noir et le blanc est très affirmé et c'est bien évidemment le noir qui domine pour peindre avec réalisme le paysage urbain, dépravé, des quartiers de Londres fin 19è siècle.
Et il faut dire que ce style colle parfaitement à la pauvreté omniprésente, à la froide austérité de coupe-gorges pavés, ainsi qu'à une ambiance générale inquiétante, dérangeante, dégoulinant de mystères occultes.
Le trait de Campbell est parfois volontairement exagéré et si l'effet voulu fonctionne la plupart du temps, rendant certaines scènes glauques à souhait, d'autres moments sont parfaitement illisibles, tachés d'un noir d'encre impénétrable.
Malgré un enchaînement de cases très classique, j'ai beaucoup aimé ce dessin qui pour moi fonctionne à merveille et qui va de pair avec le mythe Jack l'éventreur.

Alan Moore, auteur très subversif, choisit une hypothèse très intéressante en ce qui concerne le meurtrier de Whitechapel et n'hésite pas à s'enfoncer dans les manigances des francs-maçons, à imbiber son récit d'intrigues politiques et à envelopper le tout d'une dimension métaphysique.
Ainsi, il nous promène avec son Jack l'éventreur parmi les artères de l'East End en nous faisant un cours (passionnant) sur le déclin de cultes religieux lunaires au profit d'une domination solaire (ère patriarcale), ou sur la portée symbolique des églises construites par l'architecte Hawksmoor.
Puis les meurtres commencent à s'enchaîner, l'enquête à s'enliser et ses acteurs à se tourner en ridicule. le contexte "explosif" dut à l'afflux d'immigrants et donc d'accroissement de la pauvreté, participe au flou qui entoure l'affaire et où pataugent nombre d'intervenants dont le pauvre inspecteur Abberline chargé de l'enquête.

Bien que cette bande dessinée se veuille réaliste, Alan Moore y incorpore des éléments plus spirituels, notamment la personnalité troublante de William Gull, son Jack l'éventreur, dont la folie culmine lors du dernier meurtre. Des cases dures, horribles, mais aussi fascinantes dans leur tentative d'exprimer les motivations profondes d'un homme extrêmement intelligent ayant perdu la raison.

Une bonne cinquantaine de pages est réservée à un appendice où Moore, quasiment page par page, nous décrit ses sources et ses choix narratifs afin d'étayer sa démarche.
Au lecteur d'adhérer ou non à sa vision des événements. Mais comme il le précise justement, cette affaire demeurera éternellement un mystère.
L'oeuvre d'Alan Moore et d'Eddie Campbell reste une interprétation forte, visuellement saisissante et profondément marquante.
"Quand viendra le temps du froid blanc, ne mangez pas la neige jaune". The Witcher 3 : Wild Hunt
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