[Cycle] Trilogie Musashi / David Kirk

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Albéric
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[Cycle] Trilogie Musashi / David Kirk

Message non lu par Albéric » 28 mars 2018, 14:54

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Résumé tome 2 : L'Honneur du samouraï
Honneur. Loyauté. Vengeance. Japon, 1600. Musashi Miyamoto était le plus grand guerrier de tous les temps. Avant que lui et ses hommes ne soient vaincus lors de la bataille de Sekigahara qui a vu les Armées de l'Est renverser l'ancien pouvoir. Survivant mais seul, Musashi doute. Jusqu'alors, il avait vécu et combattu comme un samouraï, fier de sa tradition, loyal aux préceptes de la Voie. Depuis sa défaite, se soumettre aux exigences de l'Honneur, l'une des sept vertus du samouraï, signifie se donner la mort. Et Musashi veut vivre. Mais, considéré comme un ennemi de la nation, sa tête est mise à prix. S'il a renoncé à la violence, il lui faut se protéger et préparer sa vengeance contre ceux qui veulent sa mort. Pour cela, il n'a qu'un adage : "Le sabre donne la vie. Le sabre donne la mort."

Merci Masse Critique ! Merci Albin Michel ! Je suis un passionné du Japon, de son histoire et sa culture, je ne perds jamais une occasion de m'y perdre et voilà que vous m'en offrez une sur un plateau d'argent avec ce roman historique dédié à Musashi Miyamoto l'incarnation de l'excellence martiale... On va oublier le personnage historique que les sources contemporaines qualifiaient d'arrogant voire d'orgueilleux, d'asocial voire de misanthrope, et qui semblait souffrir de gros problèmes d'hygiène corporel dans pays très à cheval sur la question, pour se consacrer au personnage légendaire. Car le propre des héros de légende c'est d'être assez protéiforme pour que les espérances de l'humanité toute entière puissent s'y incarner, mais aussi d'être tellement grands qu'individuellement aucune d'entre elles n'est assez vaste pour le remplir totalement :
- le Musashi Miyamoto d'Eiji Yoshikawa était un modèle d'abnégation à suivre pour la chair à canon du Japon fasciste...
- le Musashi Miyamoto de Kenji Mizoguchi était un philosophe subversif...
- le Musashi Miyamoto de Tomu Uchida était un militant communiste...
- le Musashi Miyamoto d'Hiroshi Inagaki était un amoureux déçu en quête d'illumination...
- le Musashi Miyamoto de Takeshi Inoue était un ado en compétition avec la perfection...
- et celui de David Kirk tient beaucoup du rebelle anarchiste... Un Robin des Bois déguisé en samouraï ?


Nous sommes en 1600, la Bataille de Sekigahara vient de s'achever et la coalition des seigneurs de l'Est commandés par le parjure Tokugawa Ieyasu vient de l'emporter sur l'alliance des seigneurs de l'Ouest dirigée par le loyaliste Ishida Mistunari : l'Histoire est écrite par les vainqueurs, la chasse aux sorcières commence, mais le nouveau maître du Japon est obligé de conserver en vie ses anciens rivaux pour gouverner correctement le pays (les clans Mori, Shimazu et Chokosabe ont avalé des couleuvres durant 250 ans mais rien n'a été oublié dans le grand livre des rancunes : ils ont été au milieu du XIXe siècle aux premiers rangs pour combattre le shogunat Togukawa et aux première loges pour l'enterrer). Parmi les vaincus certains samouraïs désormais privés de seigneurs se donnent la mort tandis que d'autres samouraïs prennent la fuite pour sauver leurs vies, mais le dénommé Bennosuke Shinmen se renomme Musashi Miyamoto avant de faire un choix inédit : suivre sa propre voie et afficher sa différence au de lieu de suivre bêtement la Voie du Guerrier... Car dans le Bushido, les guerriers appelés samouraïs ne sont que des objets au service de leurs seigneurs, et que ces derniers peuvent à loisir leur retirer le droit de vivre s'ils considèrent qu'ils ont échoué ou qu'ils ont inutiles !
La version du personnage ne m'a pas convaincu : on sent l'ado rebelle, et c'est normal puisqu'on le suit pendant quatre ans de ses 16 ans à ses 20 ans, et il m'a fait l'effet d'un activiste altermondialiste qui s'échine dans un combat symbolique certes mais complètement vain qui ne fait absolument pas avancée ses idées. L'obsession du héros contre le seppuku est parfaitement logique d'un point de vue occidental mais complètement illogique d'un point de vue oriental, et le concept d'hybris sur lequel l'auteur revient souvent n'appartient pas au monde japonais mais au monde grec antique ! Mais bon ce n'est très grave vu que James Clavell l'auteur de Shogun expliquait lui-même que quelque soit la bonne volonté déployée un occidental mettrait toujours en scène un univers orientale vu d'un point occidental avec des personnages orientaux développant des mentalités d' occidentaux..
Le héros ado reste néanmoins touchant par ses états d'âmes que nous faire partager l'auteur, et j'ai par contre beaucoup aimé les personnages secondaires qui gravitent autour de lui : Jiro le ronin trouillard, Nagayaki Akiyama le samouraï bâtard et métisse rejeté de tous, Goémon Inoue le gouverneur malgré lui de Kyoto qui ne sait comment se débarrasser de son cadeau empoisonné et qui ne rêve que de quitter la capitale du sud pour retrouver les campagnes du nord, Ameku l'ouvrière aveugle des îles Ryûkyû que tout le monde prend pour une sorcière, Kozei Tadanari le vieux senseï de l'Ecole Yoshioka qui tente de trouver un solution pacifique avant de réclamer la tête de Musashi pour venger la mort de son fils unique... Tout une galerie humaine qui oblige le ronin à devenir adulte et à trouver sa voie : nous sommes donc bien dans le roman d'apprentissage, et en même temps qu'il élabore le style de combat à deux sabres qu'il va le rendre célèbre il doit aussi trouver une vision du monde qui le débarrassa de sa rage envers le monde... Ce qui finalement m'a beaucoup fait penser à l'anime Samourai Champloo, et il n'est pas impossible que l'auteur l'ait vu aussi puisqu'il la légende fait un caméo dans la série animée ! (l'univers du manga ne doit pas lui être inconnu puisqu'il s'est permis de glisser un clin d’œil aux principaux personnages de la saga culte Lone Wolf & Cub ^^)


Une fois de plus je suis obligé de constater que le roman historique anglo-saxon est de bien meilleure qualité que le roman historique français (difficile de trouver un roman historique anglo-saxon très mauvais ; difficile de trouver un roman historique français très bon). L'auteur est tout autant documenté sur son sujet que passionné par son sujet, le dosage descriptions / introspections / interactions est bien pensé, l'écriture est fluide et plaisante et j'en remercie autant l'auteur David Kirk que la traductrice Marina Boraso. C'est violent physiquement et moralement mais pas trop quand même, et c'est un peu un peu verbeux vu que les 500 pages ne racontent qu'un seul épisode de la légende de Musashi Miyamoto à savoir son combat à Kyoto contre l'Ecole Yoshioka (les self-made men attirant plus son opprobre que la vieille aristocratie, de la même manière que les sociaux traîtres du Labor attirent plus l’opprobre que la vieille aristocratie des Tories ^^). Mais je soupçonne l'auteur de céder à la tentation de recourir à la magie de la lenteur japonaise. L'immersion dans le japon féodal est donc largement facilité par la plume de l'auteur, donc vous n'avez qu'à choisir une bonne partition sonore pour que l'illusion soit parfaite...

Le livre objet réalisé par les éditions Albin Michel est réussi avec un papier agréable et une mise en page aérée destinés au plaisir de lire, mais...
1) L'Honneur du samouraï est le tome 2 d'une trilogie consacrée à la biographie romancée de Musashi Miyamoto et c'est indiqué absolument nulle part : erreur coupable ou vil plan marking faisant passer une série pour des stand alone ? Alors les romans peuvent se lire et se comprendre indépendamment, mais on perd la vue d'ensemble hein (j'ai ainsi trouvé que le le début de ce tome 2 était confus puisqu'il revient sur la quête de vengeance du tome 1, et que la fin nous laissait quand même en plan puisque l'histoire est à suivre dans le tome 3)
2) beaucoup de noms « exotiques » : un petit dramatis personae cela ne coûte rien, et cela aide tout le monde d'autant qu'il y a pas mal d’ellipses au début du roman qui empêchent de savoir rapidement qui est qui
3) beaucoup de lieux « exotiques » : un petit carte cela ne coûte rien, et cela aide tout le monde d'autant plus qu'on voyage avec des personnages originaires des quatre coins du Japon

Par contre je note dans mon agenda littéraire son projet d'écrire sur Hijikata Toshizô : un roturier devenu samouraï d'élite, qui combattit dans les armées du dernier shogun avant de devenir le champion d'un Japon démocratique face aux tenant d'un Japon impérialiste qui commençait déjà son chemin vers les terres maudites du totalitarisme, et avant d'être dans le dernier carré de la dernière bataille de l'éphémère République indépendante d'Ezo : voilà un personnage qui correspond mieux aux idées et aux thèmes anticonformistes de l'auteur que le gardien du temple du bushido ! ^^
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