[Cycle] Traquemort / Simon Green

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Fabien Lyraud
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Re: [Cycle] Traquemort / Simon Green

Message non lu par Fabien Lyraud » 09 oct. 2014, 14:22

le héros se fait très régulièrement volé la vedette par ses alliés ou ses adversaires. Mais est-ce vraiment un problème ? ^^
Il ne faut pas oublier que le tout est supérieur à la somme des parties... Green le répète souvent donc c'est un parti pris conscient de l'auteur.

Albéric
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Re: [Cycle] Traquemort / Simon Green

Message non lu par Albéric » 07 août 2015, 18:24

Fabien Lyraud a écrit :
le héros se fait très régulièrement volé la vedette par ses alliés ou ses adversaires. Mais est-ce vraiment un problème ? ^^
Il ne faut pas oublier que le tout est supérieur à la somme des parties... Green le répète souvent donc c'est un parti pris conscient de l'auteur.
Ouais ! L'union fait la force : un pour tous et tous pour un !!! :paladin:
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Albéric
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Re: [Cycle] Traquemort / Simon Green

Message non lu par Albéric » 07 août 2015, 18:32

Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine...

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Épisode VI : Le Retour du Traquemort
« Je te vois, Traquemort. Tu auras beau te débattre, la destinée te tient entre ses griffes. »
Et cette destinée a fait d'Owen Traquemort un proscrit dans un empire interstellaire où règne la tyrannie, l'injustice et la corruption. Mais la rébellion s'est levée dont il est aujourd'hui la figure emblématique. Les forces de la révolution sont en marche. L'heure est venue de frapper. Et le chemin se dessine qui conduit de la planète rebelle de Brumonde à la capitale Golgotha, noyau de l'Empire, où se terre l'impératrice Lionnepierre au cœur de son palais souterrain.
C'est un chemin de sang. Armes terrifiantes, pièges malicieux, trahisons et revirements, il ne sera rien épargné au Traquemort et ses compagnons pour aboutir à l'ultime affrontement contre la « Garce de fer ». Allumer le feu d'une révolte est une chose, gagner la guerre en est une autre. Voici la troisième époque de la geste Traquemort.
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Les super-héros rebelles se sont scindés en plusieurs groupes pour faire avancer la cause !. A la fin du tome précédent, la team Jack Hazard mettait à mal la flotte impériale en détruisant l'usine de la nouvelle propulsion interstellaire sur Technos III, ici la team Owen réactive les réseaux Traquemort sur Brumonde, la team Finlay est chargée de retrouver le chef d'Etat major Vincent Harker sur le monde de Shannon placé en quarantaine, David & Kit sont chargés de réorganiser la résistance sur Virimonde pour alimenter la rébellion au sens propre comme au sens figuré. Nous sommes chez Simon R. Green donc rien se ne passera comme prévu, le tout filmé au prix de menus incohérences en galactovision par Toby le spin doctor repenti et Flynn le caméraman travesti !

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La bataille de Brumonde : j'ai grave pris mon pied, mais attention spoilers
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Sur la planète hors-la-loi qui ressemble fort à bon vieux bastion pirate (d'ailleurs le capitaine de l’astroport se nomme John Silver, comme le forban légendaire de L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson).
Chacun des membre de la team Owen est en mission pour réactiver les réseaux sans lesquels le Conseil Intersidéral de la Résistance ne saurait prendre de l’ampleur, Owen lui-même étant obligé d’enchaîner les combats en mode turbo pour réaliser une OPA particulièrement hostile sur le syndic d’exploitation de Brumonde fondé par un quarteron d’homines crevarices (financiers, entrepreneurs, promoteurs, avocats et tutti quanti, bref la lie habituelle de la société ^^). Sauf que l’Empire a décidé de remettre tout le monde au pas….

Tandis que Légion, le Gestalt formé par les cerveaux assemblés des anciens prisonniers du Silo 9 et nommé Abomination, bloque, terrorise et martyrise les milliers et les milliers de psioniques de Brumonde, le capitaine Bartok le boucher lance la curée ! Ambiance fin du monde avec la population de toute une ville qui a décidé de se la jouer Butch Cassidy et le Kid, les parias de toute une galaxie faisant cause commune tandis que des super-héros en gestation décident de se faire kamikazes et montent dans le ciel comme des météores avant de tomber comme des étoiles filantes... On se sacrifie, bien souvent anonymement et trop souvent vainement, dans l'unique espoir que le rêve survive, le rêve d'un monde meilleur dédié à la liberté, à l'égalité et à la fraternité !
Nos héros ont la part belle, Jack Hazard le Jeune montant sur toutes les barricades pour raviver la flamme de la résistance comme un héros de guerre de la Grande Alliance, Owen et Hazel, enfin vainqueurs de leurs addictions respectives, endossant leurs costumes de super-héros et de super-héroïne combattant sur tous les fronts grâce à leurs supers-pouvoirs (Owen maniant la télékinésie de masse tandis qu'Hazel faire appel à ses doubles issues d'autres dimensions dans la plus grande tradition de la SFFF à la Michael Moorcock !)
Les deus machina finissent fatalement par s'enchaîner, Owen puisant dans l'espoir et de l'amour le force de dévier un canon disrupteur à mains nues tandis que la Mater Mundi s'incarne à nouveau pour affronter Légion...
J'ai déjà vu tout cela dans en Science-Fiction, Fantasy et Fantastique, en BD, en comics et en mangas, mais qu'est-ce que c'était cool et fun bien qu’éminemment épique et tragique !!! Et pour ne rien gâcher, les POVs mettent en avant un cambrioleur sourd muet et sa receleuse qui ont décidé d’appartenir au camp des good guys, et un duo du soudards qui a décidé d’appartenir au camp des bad guys en volant, violant et tuant…



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Innocence perdue : j'ai surkiffé le gros délire, mais ATTENTION GROS SPOILERS
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Si l'homme naît bon et si c'est la société qui le corrompt, faut-il changer l'Homme pour changer la société ou faut-il changer la société pour changer l'Homme ?
Le grand projet du nabab galactique Shannon voulait répondre à cette question ! En ramenant les adultes blasés et cyniques à l'âge de l'enfance, il comptait faire du passé table rase pour que chaque individu reparte sur de bonnes bases. Changer les enfants pour changer le monde, en changeant les adultes en enfants pour accélérer le processus (la Forêt des Âmes étant même l'aboutissement de son projet : rebooter les adultes sans repasser par la case enfance).
Au pays d'été les personnages de l’enfance avaient pris vie pour prendre soin de ceux qui en avaient le plus besoin, du moins c'était cela avant que les Furies de Shub ne leur offrent la conscience et le libre arbitre, tout en les bourrant de propagande haineuse les incitant à ce se retourner vers eux qui les avaient créés...
Le monde de Shannon est devenu Haceldama, la Plaine de Sang, lieu d'un éternel affrontement entre les jouets pro-humains et les jouets anti-humains. Guidés par les alter egos de Petit Ours Brun, Bourriquet, Pinocchio et Optimus Prime, nos héros remontent le Fleuve vers la forêt des âmes pour retrouver Vincent Harker, désormais surnommé l'Homme Rouge, qui a fondé une troisième faction…
Un excellent chapitre certes, mais qui a réellement a perdu son innocence ?
- les personnages, héros malgré eux d'un monde pourri par les forces obscures de la crevardise...
- les jouets, transformés malgré eux en machines de guerre génocidaires par les Furies de Shub...
- l'humanité, incapable de résister aux tentations du Côté Obscur incarnées par le Veau d'Or...
Mais avant que les lecteurs ne répondent à celles-ci, les personnages devront répondre à celles-là :
- les jouets anti-humains sont-ils aussi malveillants qu'on le dit ?
- les jouets pro-humains sont-ils aussi bienveillants qu'ils le disent ?
- le mystérieux Homme Rouge (^^), qui attire les partisans des deux camps dans sa forteresse à Hamln de laquelle personne jamais ne revient (un joueur de flûte humain qui charme les robots, ah la grosse marrade ^^), est-il aussi terrifiant que tout le monde le prétend ?
- les jouets pensants ont-ils vraiment accédé à la conscience ou ne sont-ils que des marionnettes de Shub ?
- et si les jouets pensants ont vraiment accédé à la conscience, ne forment-ils pas une nouvelle espèce à part entière ?
Derrière la grosse déconne baroque et bariolée, ce chapitre est un formidable hommage à Philip K. Dick : on reprend toutes les thématiques de Nouveau Modèle une excellente nouvelle écrite en 1953 et adaptée au cinéma en 1995 sous le nom de Planète hurlante. Ambiance paranoïaque bien sentie, d'autant plus qu'on fait des gros clins d’œil à Apocalypse Now et Au Cœur des ténèbres... ^^
Mais la chute m'a offert ma plus grosse barre de l'année et pourtant tout était d'une logique imparable : qui donc pouvait être le messie rédempteur des jouets pensants ? L'impitoyable stratège impérial a endossé le rôle du Père Noël pour être le guide spirituel d'une nouvelle espèce, Rommel est devenu Moïse ! La fin serait précipitée, voire facile avec son happy end, si tout cela n'était pas un rampe de lancement pour ce qui s'ensuit...



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Le devoir d'un Traquemort : le destin de le la galaxie se joue dans l'âme d'un seul homme, attention spoilers !
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Sur la planète agricole de Virimonde, David et Kit (un clin d’œil à la série K2000 / Knight Rider ? ^^) ont décidé de rompre à la fois avec l'Empire et la Rébellion pour se la couler douce, enchaînant beuveries, coucheries et courses de landspeeders à fond la caisse... Mais David se rappelle néanmoins à ses devoirs de seigneur planétaire en jugeant les différents qui opposent son intendant qui parle productivité, compétitivité et rentabilité, et ses paysans qui souhaitent plus de liberté, d'égalité et de fraternité... Par défi, il choisit la démocratie participative plutôt que la sinistre loi du marché. Et quand Lionnepierre XIV décide de déporter la population pour transformer leur monde en cauchemar industriel aseptisé et automatisé dédié à l'agrobusiness sans cœur et sans âme, son sang ne fait qu'un tour...
Mais il est déjà trop tard, les troupes de chocs de l'empire et leurs nouveaux joujoux de mort et de désolation sont en route pour faire un exemple censé mettre tout le monde au pas. David Traquemort, fils de Saül Traquemort (remember les rois de légende de ce bestseller éternel intitulé La Bible... ^^), comprend qu'il est né pour cet instant, qu'il n'a vécu pour ce moment : quoi qu'il en coûte, envers et contre tout et seul contre tous, il sera le protecteur de son peuple !!! Malgré tout son courage et tous ses efforts, il ne sauvera personne à part celui qu'il considère comme le seul ami de sa vie auquel il offre justement sa vie en sacrifice : le Goliath impérial était beaucoup trop fort pour le petit David qui voulait être roi… De son côté, Kit Estivil pleure toutes les larmes de son corps pour celui qu'il a considéré comme le seul amour de sa vie... (Et hop, une chouette romance gay que je n'avais pas vu venir ! mdr)
Les crevards prennent leurs pieds et applaudissent des deux mains devenant l'écocide et le génocide, se frottant les mains par avance de la montée du cours de leurs actions et des dividendes qu'ils vont récolter. Mais le drame retransmis en direct par Toby et Flynn fait basculer des parsecs entiers de l'espace dans la rébellion : c'est le début de la fin...

C'est le chapitre le plus court de ce tome, mais c'est celui qui fait le plus sens, le sort de l'univers se jouant en celui d'un seul homme : David Traquemort va-t-il choisir la voie de la facilité et accepter le système en  touchant sa prime et en fermant les yeux sur une injustice de plus, ou va-t-il choisir la voie de la difficulté et refuser un système injuste en dépit des risques encourus. C'est la question à laquelle sont confrontés tous les citoyens du monde chaque jour que les dieux font...
L'Empire qui teste ses nouvelles armes sur une population civile, c'est le gouvernement britannique qui teste ses prototype d'armes soniques sur les manifestants irlandais du Bloody Sunday, l'Empire qui envoie ses troupes d'élite tabasser des fermiers, c'est le gouvernement britannique qui envoie les compagnies de sécurité de Belfast casser les ouvriers des années 1980. L'Empire qui détruit les campagnes de Virimonde, c'est le gouvernement britannique qui développe à outrance l'agriculture productiviste, contaminant ainsi sans aucun remord toute la filière agroalimentaire européenne, persuadé que les lois du marché devaient primer sur les lois de la nature... L'auteur a écrit ce tome en 1996, en plein scandale du poulet aux hormones, du cochon à la dioxine, de la tremblante du mouton et de la vache folle... Votre mémoire vous fait défaut ou vous n'avez pas connu ces années noires ? Ne vous inquiétez pas car la malbouffe est de nouveau à la mode, et le pire reste à venir avec l'ignoble TAFTA appelé de leurs vœux par l'internationale ploutocrate et les apparatchiks collabos de l'Union Européenne... MDM



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Tous à Golgotha : tout a fin...
Finalement la Guerre du Traquemort est racontée sur le ton de la chronique : les mondes passent les uns après les autres à la rébellion, tandis que la flotte impériale harcelée de tous les côtés par les vaisseaux d’or hadéniens ne peuvent exécuter les ordres de calcination de sa majesté Lionnepierre XIV (toute référence à la Guerre des Malouines n’est absolument pas fortuite du tout !). Les combats font rage sur le monde capital de Golgotha et ils décideront du sort de l’humanité toute entière !
C’est évidemment epicness to the max, néanmoins le recours trop fréquent aux deus ex machina de la Mater Mundi, Nôtre Dame de Toutes les Âmes, devient vraiment trop facile...

Une fois de plus les superhéros rebelles se retrouvent pour mieux se séparer :
- la team Owen prend d'assaut le bunker souterrain du Caligula au féminin
- la team Jack prend d'assaut les immeubles de la ploutocratie galactique
- la team Finlay prend d'assaut le QG des forces impériales
C'est une plongée en apnée dans le cape & laser, pleine de bruit et de fureur, et le grand final enchaîne les duels de haute volée. Pour ne rien gâcher, les retournements de situation sont légion puisque chaque camp subit défections et trahisons. Les discours des héros comme ceux des traîtres se font écho : il y a ceux pensent aux autres autant qu'à eux-mêmes, et ceux qui s'enlisent dans le sempiternel et détestable « je, moi, le mien »... En SF, Fantasy ou Fantastique l'auteur développe toujours les mêmes thématiques universelles : si l'homme naît bon, qu'est-ce qui le corrompt ? Capable de devenir Dieu ou Diable, l'Homme doit résister à la tentation de devenir puissant et de vouloir le rester... Et si le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ! C'est l'heure des choix et Owen Traquemort marche dans les pas de Frodon résistant à l'attraction de l'Anneau Unique et dans ceux de Luke Skywalker résistant à l'attraction du Côté Obscur (l'auteur n'a jamais caché adorer le SdA et Starwars ^^). Quand il voit le sens de l'honneur fait homme succomber lui aussi à la tentation, il comprend alors ce qu'il lui reste à faire...
En 1965, dans le Dune de Frank Herbert Paul Atréides vainquait l'empereur Padishah Shaddam IV, mais le libérateur devenait dictateur à son tour... En 1996, Owen Traquemort vainqueur de l'impératrice Lionnepierre XIV résiste à la tentation et renonce au pouvoir qui lui tend les bras pour l'offrir au peuple... Ainsi naît la démocratie galactique !!!


Entre permanences et mutations, l'auteur anglais est un peu un pionner : à l'époque où on voulait transformer la SF en « Fiction Spéculative » alternant dystopie cyberpunk et hard science inaccessible donc rébarbative, et où la Fantasy s'enlisait dans les tolkieneries commerciales et conservatrices, il donne une nouvelle jeunesse au roman-feuilleton populaire en piochant dans les séries anglaises et les action movies hollywoodiens. Les cadors des littératures de l'imaginaire ont toujours dit que la SFFF était une héritière naturelle de la littérature populaire du XIXe siècle, et plus précisément des grands romans-feuilletons : Simon R. Green le prouve d'autant plus ici qu'il part en croisade contre le TINA des Chicago Boys (« There Is No Alternative » : si vous n'êtes pas content du pandémonium capitaliste, vous n'avez qu'à essayer l'enfer communiste).
Le combat d'Owen Traquemort, petit littéraire obligé d'endosser le rôle de héros pour lutter contre la pétasse de fer Lionnepierre XIV, c'est évidemment un peu le récit du combat de Simon R. Green, petit libraire obligé d'endosser le rôle de militant pour lutter contre la dame de fer Margaret Thatcher. Et après avoir assisté à la chute du thatchérisme, ils vont devoir va devoir faire face aux sociaux-traîtres du blairisme... Mais ceci est une autre histoire !

https://www.youtube.com/watch?v=TVgSV8c87lo[/video]

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